Au croisement: comportement consommateur, brands & cultures de marché

Notes de rayon: comment nous choisissons

Des dizaines de flacons similaires sur une même étagère : décryptage de la catégorie des soins de la peau

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Dans le commerce moderne de la beauté et des soins, la catégorie des soins de la peau occupe une place stratégique. Pour illustrer cette analyse, nous prenons l’exemple de la catégorie des soins de la peau dans une pharmacie française, où un même meuble de 5 à 6 niveaux présente simultanément des dizaines de marques : La Roche-Posay, Vichy, Avène, Eucerin, SVR, etc. Les prix des produits placés côte à côte varient : 29 €, 35 €, 40 € et plus, tandis que le nombre total de références (SKU) sur un mètre linéaire peut dépasser 120 unités.

Mais au moment du choix, une autre question apparaît : comment le consommateur peut-il comprendre la différence entre des produits similaires directement en rayon ?

Structure de la catégorie: organisation par marque face au besoin du consommateur

La catégorie est organisée selon le principe « une marque — un bloc » (zone La Roche-Posay, zone Vichy, zone Avène). Pourtant, le consommateur arrive avec un besoin précis et la comparaison en magasin se fait entre des produits répondant à des problématiques ou à des besoins spécifiques (restauration de la barrière cutanée, anti-âge, hydratation, peau sensible, pigmentation, acné, etc.). Souvent, les séparateurs de rayon destinés à faciliter l’orientation sont absents ou affichent uniquement les logos des marques.

Sur une même étagère cohabitent des crèmes, des sérums et des soins spécialisés de différentes marques.

Au moment du choix, une marque se retrouve en concurrence non seulement avec les fabricants voisins, mais aussi avec ses propres produits.

Pour comparer deux produits, il faut souvent prendre l’emballage en main et lire les informations en petits caractères au dos de la boîte, car les différences essentielles ne sont pas mises en avant sur la face avant.

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Pharmacie en France : organisation de l’espace par marques en l’absence de repères transversaux entre les catégories de soins.

Quand les codes visuels finissent par se ressembler

Dans la catégorie des soins de la peau, de nombreuses marques utilisent des codes visuels similaires (esthétique médicale, terminologie de laboratoire et palette claire). Cela confirme leur appartenance au segment et renforce la confiance envers la catégorie, mais rend également les produits plus difficiles à distinguer directement en rayon. À distance d’un bras tendu, les flacons de plusieurs marques différentes semblent identiques.

Élément de l’environnementManifestation réelle en rayonRésultat pour la perception
Codes médicaux répétésPrésence des mentions dermatologique, laboratoire, expert, testé, peaux sensibles sur des emballages voisins.Ces termes perdent leur capacité de différenciation et cessent de constituer un signe distinctif propre à un produit.
Mise en avant des actifs sur la face avantUtilisation des noms niacinamide, rétinol, vitamine C et des pourcentages de concentration comme éléments centraux du design.Le rayon finit par ressembler à un tableau de formules chimiques, transférant directement au consommateur la tâche de décoder la composition en magasin.
Dominance d’une palette claireRangées denses de flacons blancs, bleus et pastel sur une même ligne de regard.Le rayon se transforme en une masse visuelle uniforme, sans points d’accroche pour l’attention.
Structure d’emballage similaireRépétition d’un schéma rigide d’organisation des informations :
logo → actif → promesse
Au lieu de solutions clairement différenciées, le rayon présente des offres très similaires portant des marques différentes.

Le prix comme seul repère en l’absence de différences

Des produits présentant des écarts de prix importants sont placés côte à côte, mais les emballages n’expliquent pas ce qui justifie cette différence. Les étiquettes indiquent généralement le prix et le montant de la remise, mais ne donnent aucune indication sur la valeur apportée par le produit.

Si l’emballage ne montre pas la différence, le prix devient le seul repère compréhensible pour comparer.

Si cette différence n’est pas évidente et ne peut pas être comprise rapidement, le choix se réduit à des mécanismes simples : acheter une marque connue, rechercher une promotion ou choisir un produit déjà familier.

Quand la navigation passe au smartphone et au conseiller

En magasin, trois éléments aident le consommateur à comparer les produits et à prendre une décision :

  • La marque (à travers sa notoriété, sa réputation et l’habitude) ;
  • Le conseiller (à travers l’explication personnalisée des différences et la recommandation d’une solution) ;
  • L’environnement de vente (à travers l’agencement, les catégories et les repères visuels en rayon).

L’observation du comportement des clients devant le rayon révèle un schéma : le temps moyen d’hésitation sans déplacement est de 30 à 40 secondes. Si l’environnement de vente ne fournit pas suffisamment de repères pour comparer (consulter les avis, étudier les compositions ou comprendre les différences entre les produits), une partie de cette fonction est transférée au conseiller ou à une recherche autonome d’informations en ligne.

Si le conseiller est occupé ou absent, la conversion diminue, car le rayon lui-même ne facilite pas la décision. Le consommateur choisit soit une marque qu’il connaît déjà (en passant à côté des nouveautés), soit repart sans achat.

Dans d’autres cas, la personne sort son smartphone pour lire des avis, étudier les compositions et trouver des explications sur les différences entre les produits. Cela signifie que l’attention est captée par une interface numérique, et que la communication quitte l’espace du magasin pour se déplacer vers des plateformes externes, où les algorithmes proposent immédiatement des alternatives ou des publicités contextuelles de concurrents.

L’aménagement de l’espace commercial doit être conçu de manière à ce que le rayon puisse répondre en partie à ces questions de façon autonome.

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Recherche d’informations en ligne faute de repères en rayon.

Conclusion

Le commerce des cosmétiques est aujourd’hui saturé de produits, mais il reste difficile pour le consommateur de s’orienter directement en rayon. Il ne suffit pas d’ajouter un nouveau produit sur une étagère : élargir l’assortiment sans logique claire de présentation ne fait qu’augmenter la complexité du choix.

Dans les catégories fortement concurrentielles, il est nécessaire de concevoir non seulement la structure de l’assortiment et la présentation en rayon, mais aussi le moment de contact entre le produit et le consommateur dans l’espace de vente :

  • quelles différences sont immédiatement perceptibles ;
  • quelles caractéristiques nécessitent une explication ;
  • quels éléments de présentation facilitent la comparaison des offres ;
  • où apparaissent les obstacles à la prise de décision.

Le rayon est le premier interface d’interaction avec le produit. Dans un marché saturé, les marques ne se différencient pas uniquement par leurs formules, mais aussi par leur capacité à expliquer clairement leur place parmi les offres voisines au moment précis du choix.